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Observation spatiale · Galerie

Galerie DerouillonTraverser la cour, rejoindre la lumière

De la rue à la cour, des poteaux à la charpente : une lecture de la Galerie Derouillon à travers les relations entre le bâti existant, les œuvres et les personnes.

Carnet de visite · février–mars 2026 · Paris

Lire d’abord la structure

Après les marches d’entrée, on rejoint un grand espace d’exposition ponctué de poteaux. Le plan permet de lire ensemble les murs périphériques, les appuis intérieurs et la charpente métallique indiquée en pointillés. Avant les photographies, une première lecture de l’ossature.

Légende : noir — murs et poteaux / pointillés — charpente métallique

Galerie Derouillon — Lire d’abord la structure
Plan schématique destiné à la compréhension de l’espace. Dimensions, proportions et implantations indicatives ; ce document n’est pas un plan d’exécution.

Un lieu qui se révèle après quelques pas

Depuis la rue, on entre dans le bâtiment pour rejoindre la galerie au fond de la cour. Le léger décalage du parcours empêche d’en saisir immédiatement la façade de face. Il faut avancer de quelques pas pour qu’elle se révèle pleinement. Je savais que la galerie était là, mais j’ai tout de même eu le sentiment de découvrir un lieu caché.

Dans la cour, la façade vitrée a d’abord retenu mon regard. Le verre et les cadres métalliques échangeaient la lumière avec les autres faces de la cour. Leur présence était affirmée, mais calme. Derrière eux apparaissaient les murs blancs et les poteaux.

La façade vitrée de la galerie se révèle au-delà de la profondeur de la cour.
La façade vitrée de la galerie se révèle au-delà de la profondeur de la cour.

Suivre les poteaux du regard

Après avoir monté quelques marches et franchi la porte, mon regard a suivi les poteaux jusqu’à la charpente. En tant qu’architecte d’intérieur, je remarquais naturellement l’espace avant l’exposition. Le volume s’ouvrait plus largement et plus haut que je ne l’avais imaginé depuis l’extérieur. Les murs blancs, les poteaux et la structure apparente évoquaient une serre.

Ce qui m’intéressait était le cadre architectural existant, ainsi que la séquence qui y menait. De la rue à la cour, puis à la salle, le lieu se dévoilait progressivement. J’ai apprécié le soin apporté à mettre les qualités propres du bâtiment au service d’une galerie.

Des espaces distincts, sans cloisons

J’ai salué Marion, directrice de la galerie, et écouté ses explications sur les œuvres. En échangeant avec Chaewoon, qui m’accompagnait, j’ai aussi remarqué les différences de niveau du sol. La partie centrale se prolonge à plat, tandis que chacun des deux côtés est surélevé d’une marche.

Sans cloison, le regard traverse toute la salle, mais le sol fait sentir des parties distinctes. J’ai d’abord observé les deux côtés depuis le centre, avant de monter sur les parties surélevées pour m’approcher des œuvres. Depuis l’entrée, mon parcours s’est fait de gauche à droite. Ayant d’abord levé les yeux vers la charpente, j’avais peut-être besoin de ce premier temps pour saisir l’ensemble du lieu.

Le sol central, plus bas, et un côté surélevé : poteaux et marche dessinent ensemble une limite.
Le sol central, plus bas, et un côté surélevé : poteaux et marche dessinent ensemble une limite.
Un petit espace aperçu entre la salle et la paroi vitrée : peinture, mobilier et vue sur la cour se superposent.
Un petit espace aperçu entre la salle et la paroi vitrée : peinture, mobilier et vue sur la cour se superposent.

La curiosité au fil du regard

Lorsque mon attention s’est portée sur les œuvres, chaque nouvelle perspective éveillait ma curiosité pour une autre pièce. Les peintures sur fond blanc et les objets disposés dans la salle apportaient des accents. Le travail jaune dans un angle et les chaises en bois m’ont donné envie d’interroger Marion.

J’ai senti combien cette expérience dépendait de la compréhension du lieu et des œuvres par l’artiste, les commissaires et les galeristes. Un fond blanc ne suffit pas à faire une exposition. Le choix des emplacements et les relations entre les pièces influencent aussi notre manière de regarder l’espace.

Un mur blanc, un socle et un objet mettent en jeu la distance.
Un mur blanc, un socle et un objet mettent en jeu la distance.
Une peinture et le travail jaune dans un angle : du regard sur le lieu à la curiosité pour les œuvres.
Une peinture et le travail jaune dans un angle : du regard sur le lieu à la curiosité pour les œuvres.

Un même lieu, des relations changeantes

Lors de la visite en journée, sans autres visiteurs, je pouvais regarder les œuvres de loin puis m’en approcher lentement, en observant aussi l’accord entre lumière naturelle et éclairage artificiel. Le soir du vernissage, très fréquenté, les visiteurs se rassemblaient près des peintures et des objets. Sous l’éclairage, les contours des murs et des poteaux restaient nets ; au milieu du monde, l’architecture conservait à mes yeux une présence calme.

Le cadre architectural demeurait le même, mais les œuvres et les mouvements des personnes modifiaient l’impression du lieu. C’est cette relation qui m’intéresse : la manière dont les caractéristiques d’un bâtiment, les objets qu’il accueille et les personnes qui l’utilisent se rencontrent.

Ici, j’ai apprécié que le caractère existant du bâtiment soit soigneusement mis au service de l’exposition. Les œuvres et les personnes y faisaient ensuite naître des scènes différentes. Mon propre regard sur l’espace suivait ces relations.

Photographie retouchée.

Texte et regard sur l’espace : Jinhee KIM / PAADO ARCHITECTURE

Co-éditeur : Chaewoon HA

Exposition lors des visites : Anastasia Bay, Night Mother · 26.02–11.04.2026

Informations officielles sur l’exposition
Photographies: Jinhee KIM · Chaewoon HA